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Macky-Macron, diagnostic d’une relation déséquilibrée

IGFM – Depuis son accession à la magistrature suprême, en 2012, le Président Sall est accusé d’être à la merci de la France et de ses chefs d’Etat, dont l’actuel locataire du Palais de l’Élysée, Emmanuel Macron avec qui il a déjeuné, mercredi dernier, en France. L’Observateur a posé le débat entre géo-politologues et politologues pour percer les mystères de cette relation jugée déséquilibrée.

mardi 1 septembre 2020, par Daouda Mine

Macky-Macron, diagnostic d’une relation déséquilibrée

POLITIQUE 8 HEURES Taille 

Macky-Macron, diagnostic d’une relation déséquilibrée

IGFM – Depuis son accession à la magistrature suprême, en 2012, le Président Sall est accusé d’être à la merci de la France et de ses chefs d’Etat, dont l’actuel locataire du Palais de l’Élysée, Emmanuel Macron avec qui il a déjeuné, mercredi dernier, en France. L’Observateur a posé le débat entre géo-politologues et politologues pour percer les mystères de cette relation jugée déséquilibrée.

L’accusation ne date pas d’hier. Elle est dure au mal. A chaque déplacement du chef de l’Etat en France, la rengaine enflamme le débat politique. «Il est parti répondre à une convocation de son  patron», accuse-t-on. A tort ou à raison. Le dernier voyage du chef de l’Etat en France, ces 26 et 27 août, sur invitation du Mouvement des entreprises de France (Medef), un syndicat patronal qui défend les intérêts des sociétés françaises et son déjeuner à l’Élysée avec Emmanuel Macron ne font pas exception. Ils sont venus attiser une accusation politique : Macky Sall serait un «préfet de la France» et est «sous influence du président de la République française». Une thèse soutenue, ou presque,  dans le livre de Thierno Alassane Sall, «Protocole de l’Élysée. Confidences d’un ancien ministre du Pétrole.» Dans ce brûlot de presque 500 pages, l’ancien ministre de l’Énergie (2014-2017) détaille les sombres péripéties de la signature du permis d’exploration de l’entreprise française sur le bloc Rufisque Offshore profond. Une simple signature transformée en affaire d’Etat qui a mobilisé et le chef du gouvernement de l’époque, Mohammed Boun Abdallah Dionne et le chef de l’Etat, Macky Sall. Posées l’une après l’autre, ces accusations campent un Président qui est loin de négocier pied à pied avec les grands de ce monde, plus particulièrement la France. Macky Sall est ainsi présenter sous les traits d’un chef d’Etat assujetti à la volonté des grandes puissances occidentales, qui n’a jamais pu réaliser les attentes d’une partie du peuple qui, en l’élisant en 2012 comme le plus jeune président de l’histoire du pays, s’attendait à ce qu’il métamorphose le Sénégal, déjà modèle de stabilité et de démocratie, en un pays fort. Avec un chef d’Etat qui n’hésite à mettre fin à l’«impérialisme occidental», quitte à se mettre à dos la «mère patrie», la France. Mais, en 8 années de règne, le Président Sall, qui montre parfois des signes d’agacement face à certaines démarches cavalières d’entreprises françaises présentes au Sénégal, a toujours maintenu le lien ombilical avec l’Hexagone. Qu’est-ce qui explique cette position du chef de l’Etat face aux intérêts français ? Macky Sall ne s’inscrit-il pas dans une démarche de réalité d’Etat qui n’a pas trop le choix face aux puissances étrangères, particulièrement la France ?  

 «Il se sent redevable à l’ancienne puissance coloniale»

CONTEXTE. Pour le journaliste et analyste politique, Momar Diongue, il n’y a rien de surprenant au retour en premier plan de la France au Sénégal. De ses souvenirs, la France n’avait surtout pas apprécié la politique de Wade consistant à diversifier les partenaires du Sénégal. C’est ainsi que la Chine, l’Inde, la Turquie et surtout, les pays du Golfe avaient investi le marché sénégalais, menaçant les intérêts de la France. Mais, il y a eu surtout deux gestes de Wade que la France n’arrivait pas à digérer. A savoir, l’instauration d’une taxe sur les appels entrants, dont Orange était la grande perdante et la fermeture de la base de l’Armée française. Ces faits marquants, pour l’analyste politique, avaient amené la France à adouber et à crédibiliser la candidature de Macky Sall qui avait été d’ailleurs invité par le Sénat français à quelques encablures de la Présidentielle 2012. De l’analyse de Momar Diongue, il était clair que Macky était désormais, en quelque sorte, le candidat de la France. C’est pour cette raison qu’il a posé deux actes forts aussitôt après son élection. A savoir la suppression de la taxe sur les appels entrants au grand bonheur de Orange et le maintien d’une partie de l’Armée française au Sénégal. Momar Diongue : «Je ne dirai pas que Macky Sall est faible vis-à-vis de la France. Toutefois, je pense qu’il se sent redevable à l’ancienne puissance coloniale d’avoir contribué indirectement à son élection en 2012. Il avait été à l’époque, le grand gagnant de la détérioration des relations entre Wade et la France. On se souvient de la relation tendue entre Wade et l’ambassadeur de France, Jean Christophe Ruffin, ponctuée, par moments, par l’échange de propos aigres-doux.»

«C’est un Président assujetti à la France»

CONTINUITE. Selon l’enseignant-chercheur en Marketing politique, Momar Thiam, on ne peut pas parler de «président de la République faible» face aux desiderata de la France. Comme le soutiennent publiquement certains adversaires du chef de l’Etat. Mais plutôt de Président affaibli. D’après lui, Macky Sall est affaibli parce qu’il fait face aux attaques de ses principaux pourfendeurs qui viennent de son camp et les dernières en date sont celles de son ancien ministre de l’Energie, Thierno Alassane Sall. Mais également par le silence de ses collaborateurs. Momar Thiam : «Il est affaibli aussi par un certain mutisme complice d’une partie de son camp. Alors qu’au début de l’exercice de son pouvoir, il avait des mousquetaires pour ne pas dire des tirailleurs politiques en Abdou Latif Coulibaly, Souleymane Jules Diop, au mouvement des jeunes de son parti qui se targuaient de communiquer pour démentir des allégations à l’encontre du président de la République.» Accusé à tort ou à raison de privilégier les entreprises occidentales au détriment de la préférence nationale, Momar Thiam estime que Macky Sall est un président assujetti à la France. «Mais traditionnellement, précise-t-il, la France est le premier partenaire du Sénégal et économiquement parlant, par les échanges commerciaux. Wade avait d’ailleurs cassé ce paternalisme en disant que si la France ne peut pas travailler égal à égal avec le Sénégal, le pays est obligé d’aller chercher d’autres partenaires ailleurs. Vu de cette manière, le président Macky Sall est plus ou moins assujetti à la France», ajoute-t-il.

REALISME. D’après le consultant en relations internationales, Aly Fari Ndiaye, le président de la République, Macky Sall est dans le réalisme d’Etat. «Il a une démarche réaliste et graduelle. C’est-à-dire la démarche la plus sûre, qui présente moins de risque et moins d’incertitudes», explique-t-il. Selon l’expert en géopolitique, dans la nature des relations entre la mère patrie et le Sénégal, Macky Sall n’a que deux options. «L’une qui consiste à vouloir remettre en cause un certain nombre de principes, au nom du populisme. Et l’autre approche qui consiste à être plus réaliste, amoindrir les risques et les coûts. Et, c’est cette dernière approche que le Président a choisie. Cette approche consiste à dire d’abord que la France a toujours été un partenaire stratégique du Sénégal. Et le Sénégal en a gagné en stabilité et crédibilité au niveau international. Maintenant, vouloir à tout prix et en un temps record, remettre en cause cela, au motif qu’il y a une société civile ou une opinion publique africaine de plus en plus antifrançaise, serait hasardeux. Cette option peut être populiste, mais aussi contreproductive. Parce que les ruptures en diplomatie comme en économie doivent être graduelles. Elles doivent être planifiée et il faut éviter que les Etats soient dans une situation d’incertitude», ajoute le consultant en relations internationales. 

«Il est soumis à des pressions qu’il doit exercer»

MECONNAISSANCE. Selon Aly Fari Ndiaye, même si le retour en grâce des entreprises françaises, depuis le départ de Wade, est décriée par une  bonne partie de l’opposition et des activistes, cette option s’inscrit dans la logique. «C’est ce que le Président Abdou Diouf avait fait, Wade aussi l’avait fait jusque vers la fin de son dernier mandat, et c’est ce que Macky Sall est en train de faire. Cela permet au Sénégal de s’inscrire dans une logique qui lui permet de continuer à renforcer ses intérêts et sa position avec la France. Macky Sall gère les intérêts du Sénégal, en étant président de la République, il faut qu’il ait une démarche réaliste, pas idéologique ni aérienne.», soutient-il. Son collègue, Alpha Wally Diallo, en rajoute une couche. Consultant et chercheur en relations internationales spécialiste de l’Afrique, il serait trop dire de qualifier le chef de l’Etat, Macky Sall, de «Président faible», parce qu’il a choisi de maintenir les relations entre la France et le Sénégal. «C’est des opinions, mais un homme de Gauche ne peut être faible et le Président Macky Sall est un homme de Gauche», défend-il, d’emblée. «Dénoncer la démarche du Président Sall vis-à-vis de la France, pour Alpha Wally Diallo, c’est méconnaitre la nature profonde des relations entre le Sénégal et son ancien colonisateur.» D’après lui, même si la France est de plus en plus, en perte de notoriété en Afrique de l’ouest, il ne faut pas tomber dans les jugements superficiels. «Certains qui l’accusent ne seront peut-être jamais président de la République pour comprendre ce qui se passe réellement», argue-t-il. Les concernés apprécieront.

FALLOU FAYE

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